La déshumanisation
Sur Internet et les réseaux sociaux, on oublie souvent qu’il y a une personne physique derrière chaque nom et chaque photo, ce qui favorise l’apparition de harcèlement, de racisme et de discrimination. Les enfants sont particulièrement vulnérables à ces situations, qui peuvent parfois conduire à des gestes suicidaires. Ces circonstances altérèrent profondément les relations familiales, amicales ou la trajectoire professionnelle d’une personne. Elles laissent des séquelles difficiles à percevoir, favorisant l’apparition de troubles tels que l’anxiété, la peur du rejet et la dépression chronique.
Également, quand une personne devient un symbole, une figure publique ou une voix qui dérange, certains cessent de la voir comme un être humain. Elle devient une cible légitime. Un objet de contestation. Un défouloir.
La déshumanisation favorise des attitudes comme l’agressivité et le besoin de rabaisser autrui, derrière son écran on se sent plus fort et ont dit ou on fait des choses que l’on ne ferait pas en face-à-face.
Ces attaques semblent parfois légères, presque anodines. « Mais c’est une blague », « c’était juste une petite remarque » dit-on pour s’innocenter, les chercheurs appellent ça l’humour agressif : faire mal en faisant rire. Répétées, elles produisent autre chose : elles réduisent une personne à une apparence. Elles la transforment en objet de regard plutôt qu’en être humain à part entière, avec des émotions, des idées, des valeurs.
L’escalade peut donc aller jusqu’au harcèlement, la manipulation mentale, la déformation des propos, des photomontages humiliants… Nous avons souvent vu cela n’est-ce pas ?
À partir de là, il devient plus facile d’ignorer ce que la victime dit. Plus facile de ne pas écouter ni d’avoir de la compassion et du respect. Plus facile de balayer sans examiner et sans faire ses propres recherches.
Souvent au départ il y a de la jalousie et de l’envie.
Le sentiment grisant de se sentir tout puissant, alors qu’en fait, il y a clairement un manque de confiance en soi. Rabaisser l’autre qui est au-dessus de soi, car au fond on se considère inférieur. C’est de l’admiration cachée : j’ai envie d’être comme toi mais je n’y arrive pas, alors je te diminue… C’est aussi se donner une illusion de contrôle.
On tombe dans le superficiel lorsque l'on passe du sujet abordé aux remarques sur l'apparence physique.
Au lieu d’analyser les informations, les sources ou les éléments présentés comme des preuves, certaines personnes préfèrent critiquer l’apparence, le visage, le style ou l’âge.
Ce glissement n’a rien d’anodin. Il révèle surtout une chose : on ne cherche plus à comprendre ni à débattre : on cherche à discréditer par l’image.
Et ce glissement en dit souvent plus sur ceux qui attaquent que sur la personne visée.
Attaquer le physique est un aveu de faiblesse argumentative.
Critiquer l’apparence d’une personne porte un nom en rhétorique : l’attaque ad hominem. (Oui j’ai effectué quelques recherches …)
S’en prendre à la personne plutôt qu’aux informations qu’elle amène, ses émotions, sa personnalité ou ses actions, est une stratégie bien connue. Elle consiste à discréditer un individu pour éviter d’avoir à examiner ce qu’il dit ou ce qu’il est réellement et détourner l’attention.
Au lieu de répondre sur la cohérence des propos, la qualité des sources, la logique du raisonnement, les éléments présentés comme preuves, on dévie vers quelque chose qui n’a aucun rapport : l’apparence.
C’est une façon simple d’attirer l’attention, de faire le « buzz » de provoquer le rire, le mépris ou le rejet… sans jamais avoir à construire un contre-argument.
Et cela est reconnu depuis des siècles comme un procédé intellectuellement malhonnête.
Dire : « Il ou elle a tort parce que ses preuves sont incohérentes » : c’est un débat. Dire : « Il ou elle a tort parce qu’il / elle a telle tête » : c’est du mépris
Quand l’apparence devient un “argument”, cela signifie souvent que soit on n’a pas analysé le fond, soit on n’a pas de contre-arguments solides, soit on préfère ridiculiser plutôt que réfléchir… Soit que la jalousie a pointé le bout de son nez …
Dans tous les cas, ce n’est plus une démarche de recherche de vérité.
Quand l’apparence devient un sujet de moquerie, ce n’est jamais anodin. Ce n’est pas un simple écart. C’est un moyen de réduire au silence et d’essayer de prendre le dessus.
On quitte le terrain exigeant de l’analyse pour entrer dans celui, beaucoup plus facile, du jugement visuel.
Observer cela de près change la manière dont on perçoit ces critiques. On réalise qu’elles ne cherchent pas à comprendre, ni même à contredire. Elles cherchent à diminuer pour discréditer. Parce que discuter le fond demande du temps, de l’attention, de la rigueur.
Se moquer du physique ne demande rien de tout ça.
Une information peut être vraie ou fausse. Un raisonnement peut être solide ou fragile. Une preuve peut être convaincante ou insuffisante. Une personne peut être bienveillante ou malveillante.
On peut questionner (sauf si les preuves sont irréfutables) : la méthodologie, les sources, la cohérence interne, la logique des conclusions, la nature des éléments présentés comme preuves, les actions, le discours.
Mais l’apparence physique ne rend pas une information plus vraie, ne rend pas un argument plus faux, ne dit rien sur la rigueur d’un travail, ne mesure ni l’intelligence ni la sincérité !
Utiliser le physique comme un outil pour discréditer, c’est sortir du domaine rationnel pour entrer dans le jugement superficiel.
Et à ce moment-là, ce n’est pas la crédibilité de la personne attaquée qui diminue le plus … Mais celle de ceux qui n’ont plus d’arguments à opposer.
Il n’est pas rare de tourner quelqu’un en dérision ou d’altérer ses paroles lorsqu’on ressent un malaise face à ce qu’il dit ou qu’on a du ressentiment envers lui.
Se moquer de l’apparence s’inscrit exactement dans cette logique. Le but n’est pas de comprendre, ni même de réfuter, mais de créer un réflexe émotionnel : “On ne peut pas prendre cette personne au sérieux.”
Ce mécanisme est puissant socialement. Mais intellectuellement, il est complètement vide.
Quand l’apparence devient un “argument”, cela montre que la discussion n’est plus guidée par la recherche de vérité, mais par la volonté de dominer, d’humilier ou de faire taire.
Ce comportement privilégie la forme au détriment du fond, faire croire que l’image compte plus que les idées et que la conformité visuelle compte plus que la réflexion.
Il est toujours possible de ne pas être d’accord avec quelqu’un. Toujours possible de douter, de questionner, de contester mais sans agressivité. Chacun est libre de son opinion, la discussion est possible dans le respect mutuel.
Il est toujours possible de ne pas aimer quelqu’un, mais cette personne mérite t’elle d’être humiliée, de manquer de respect ?
Quand la critique s’installe durablement sur l’apparence physique, elle cesse d’être une démarche intellectuelle : juger l’apparence est souvent plus facile que de confronter les idées ou d’agir avec humilité et compassion.
Nous vivons dans un monde où l’image est immédiate et l’analyse demande du temps. La tentation est grande d’accorder plus d’importance à ce qui se voit plutôt que d’étudier ce qui se dit.
Mais accepter que l’apparence devienne un critère de crédibilité, c’est ouvrir une porte dangereuse : celle où les idées ne sont plus évaluées pour leur contenu, mais pour le visage de celui ou celle qui les porte.
On a le droit de ne pas être d’accord. On a le droit de critiquer des idées. On a le droit de débattre. Mais dans le respect !
Personne ne mérite d’être rabaissé ou humilié. Cela n’est pas constructif et fait beaucoup de mal, entraine des dommages collatéraux.
Derrière chaque victime, il y a une sœur, un frère, un parent, un enfant, un ami. Il y a quelqu’un qui aime et qui est aimé.
Et parfois, c’est seulement quand on se place de ce côté-là qu’on se souvient de rester humain…
Conclusion ...
Faites toujours vos propres recherches, essayez de comprendre pourquoi, quelles sont les raisons qui poussent une personne à discréditer une autre …
Examinez si la critique formulée est fondée et s’il existe des antécédents entre les parties concernées.
Qu’est-ce qui est critiqué : l’information que la personne délivre, ses actions, ou bien son physique ?
Ne confondez pas critiques non étayées avec la démystification appuyée par des preuves vérifiables et des faits concrets.
Au lieu de dénigrer les personnes que nous avons autrefois admirées, il serait préférable de chercher à atteindre leur niveau par nos propres efforts.
Et je terminerai par les mots emplis de sagesse de notre cher Annax :
« Au fil d'innombrables voyages et dialogues avec de nombreuses espèces, nous avons appris, au Conseil, que la paix n'est pas simplement l'absence de conflit, mais la présence de la compréhension. Elle commence par de petits gestes : la volonté d'écouter, le courage de pardonner et la compassion de voir le monde à travers les yeux d'autrui. »
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